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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 11:10

 

Je suis arrivé ici, dans le couloir de la mort, le 5 janvier 1982. A présent, j’ai l’impression que c’était il y a très longtemps.

J’ai eu une autre vie avant cela, qui commença à ma naissance, un 3 décembre de l’année 1949.

Bien sûr, lorsque nous sommes bébés, nous ne comprenons pas. Même lorsque nous devenons enfant, notre monde se résume à devenir grand : que nous vivions en ville ou à la campagne, dans une petite ou une grande maison ou simplement en appartement, c’est ainsi que nous percevons le monde, à moins que nos parents réalisent de grands changements ou que nous grandissions et nous éloignions d’eux.

Lorsque nous quittons le foyer familial, nous emportons avec nous notre propre langage, les accents de nos parents, nos coutumes, nos croyances et notre sens moral. La plupart d’entre nous entre dans le monde plein de naïveté et de confiance envers les autres, pour finir par découvrir que le monde n’a rien a voir avec le cocon familial. Soit nous coulons, soit nous nageons, soit nous retournons à la maison ou mourons !

J’ai grandi dans un petit ranch du Sud de la Californie, à la périphérie d’une petite ville, Brawley. Nous avions toutes sortes d’animaux, excepté un cheval. Nous ne mangeons pas de cheval.

Lorsque j’étais suffisamment âgé, c’était moi qui devais nourrir les animaux, traire la vache et ramasser les œufs. Tout cela avant le lever du soleil !

La terre sur laquelle j’ai grandi était une exploitation agricole désertique, située dans une région nommée la «Vallée Impériale» (The Imperial Valley). L’eau qui provenait de la rivière Colorado transforma le désert en une exploitation agricole productive. Nous possédions cinq hectares de terres. Tout a disparu à présent, vendu à une société qui engraisse du bétail destiné à l’abattoir.

J’avais 18 ans lorsque j’ai quitté la maison pour la faculté. Cette même année, mes parents vendirent le petit ranch et déménagèrent pour s’installer en ville. C’est à San Diego, en Californie, que je commençai mes études. Ma première impression quand je vis cette grande ville me donna l’effet d’être au beau milieu d’un cirque ! Tous ces gens, ces grands immeubles, ces voitures et tout ce bruit !

A l’Université de San Diego, j’ai étudié le génie civil. Puis, après avoir rejoint le corps militaire, je suis devenu pilote d’hélicoptère dans la Marine. Je me suis marié en 1973, nous avons eu trois enfants puis nous avons divorcés en 1979.

En 1980, j’ai été arrêté et condamné pour double meurtre et tentative d’assassinat. C’est à partir du 5 janvier 1982 que ma nouvelle vie à Saint Quentin, dans le couloir de la mort, commença. C’est un endroit que je ne souhaite de connaître à quiconque.

Durant les vingt années suivantes, on m’attribua différents avocats commis d’office qui préparèrent mon dossier et des pétitions pour mon appel. Pendant ces années, j’ai vu des hommes aller à leurs exécutions. Les cinq derniers jours de leur vie furent les plus effrayants... Attendre une mort qu’ils ne pouvaient empêcher. Une fois de plus, je ne souhaite cela à personne.

Puis, en 2000, je reçu une décision favorable à mon appel et la sentence de mort fut levée. Ce fut un jour de grand soulagement pour moi ! Mais pourtant, je suis toujours dans le couloir de la mort de la prison de Saint Quentin. Mon nouveau procès a été retardé et les avocats assignés à mon dossier ont, entre-temps, démissionné ou sont partis à la retraite. A cette même période, une nouvelle preuve de mon innocence est apparue à la lumière du jour. Comme vous pouvez l’imaginer, cela a compliqué mon dossier.

Ajoutons à tout cela, la crise économique qui a affecté le système judiciaire et, par la même occasion, mon dossier. Il se peut que je ne puisse pas obtenir un nouveau procès ! Le procureur pourra éventuellement me donner une sentence moins lourde et m’envoyer dans une autre prison. Mais, cette fois, je ne pourrai peut-être plus faire appel.

Mon dossier estcompliqué ! Il y a plusieurs possibilités à envisager. Alors, j’attends. Je suis un Indien Yaqui et un descendant du Peuple Aztèque et je sais être patient. J’attends avec davantage d’espoir, mais je suis préparé au pire.

La vie est une série de hauts et de bas. Apprenons à nous servir d’une échelle.


Merci à Karine

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Published by Comite de Soutien à Fernando E. Caro - dans Traductions des textes de Fernando
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