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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 05:12

 

La prison est une partie de ma vie que je n’aurais jamais cru devoir expérimenter. Ne jamais penser à la prison, ne pas imaginer comment est la vie à l’intérieur. C’était ainsi jusqu’à ce que je sois envoyé ici à Saint Quentin et que j’y passe ces trente dernières années à me demander à quoi ressemblerait la vie à l’extérieur !

 

Cela prend du temps de s’habituer à une vie totalement éloignée de la liberté. La liberté de mouvements, la possibilité de s’aventurer n’importe où sans limites. Pour certains, s’habituer à la prison se fait rapidement : ils ont grandi élevés par l’état. Pour d’autres, il leur faut davantage de temps pour s’y habituer, un an ou plus. Et il y a ceux qui ne s’y habituent jamais : ils meurent mentalement et physiquement.

 

La première fois que je suis arrivé ici, j’étais âgé de 32 ans. Tout ce que je voyais autour de moi c’étaient des hommes condamnés, facilement enclins à la violence, au meurtre ! Certains n’avaient aucune idée de ce que la morale était, sans aucun sens des responsabilités et avec un sens du respect tordu.

 

Durant ces dix-quinze premières années, j’ai rencontré la violence pour la violence ! Soit je succombais aux attaques et/ou à la mort, soit je me défendais moi-même. Les prisons ne sont pas des jardins de roses. Même ceux qui ont trouvé la religion, sont enclins à la violence. Leur dieu ou déesse ne les protégera pas d’une attaque ! L’air de la violence est mince à l’intérieur des murs d’une prison, comme un gaz prêt à exploser. Et, tout en haut de ces murs se tiennent les gardes avec leurs armes, prêts à s’en servir !

 

La prison est supposée être un lieu de réhabilitation. Les exécutants disent que la seule réhabilitation qui existe est la mort. Cela est-il normal que les hommes quittent les prisons pleins de rage, de crainte et avec davantage de colère ? ! Toutes ces émotions négatives et aucun moyen de les annuler une fois dehors...

 

J’ai toujours dit qu’il y a deux côtés sur une pièce de monnaie. Dans chaque tragédie ou déception, il y a un côté positif. Il faut juste trouver le temps de le chercher. J’ai eu parfois la sensation que mes trente dernières années étaient perdues, enfuies, un gâchis ! Il est vrai qu’affronter la peine de mort découragerait quiconque de rester positif. Voir un homme aller à la rencontre de sa mort rend la lumière au bout du tunnel faible, presque éteinte ! Mais, elle ne disparaît pas !

 

Que cette faible lumière disparaisse ou non dépend de la force de caractère de chacun. Je dois avouer que, pour moi, cette minuscule lumière s’est parfois éteinte. Mais, j’ai creusé au plus profond de moi et je me suis dit : « Assez » ! Si je ne peux pas rendre cette lumière plus grande, je peux au moins essayer de rendre le tunnel plus large ainsi je peux atteindre cette lumière !

 

L’espoir et l’âge jouent un rôle dans la survie de chacun. Le temps rend plus mature l’esprit des uns, apporte la sagesse et nous enseigne le sens commun. Le sens commun, celui du bien et du mal, afin d’utiliser les expériences de la vie pour résoudre un problème plutôt que d’user de la force brute !

 

Contenir la colère que nous construisons en nous, lorsque nous sommes offensés par quelqu’un ou quelque chose, teste votre caractère. « Cela » est l’autre côté de ma pièce de monnaie vieille de trente ans !

 

 

Fernando Eros Caro

 

 

 

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Published by Comite de Soutien à Fernando E. Caro - dans Traductions des textes de Fernando
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